« Maintenant, on me traite d’infidèle », un livre de Nonie Dawish

Un article de Guy Millière : (…) Je veux maintenant attirer l’attention sur un livre publié en anglais, il y a quelques mois et qui ne sera, j’en suis certain, jamais traduit ni publié en France. Le titre en dit déjà beaucoup : “Now, They Call Me Infidel” [1] (Maintenant, ils m’appellent infidèle). Le sous-titre, à lui seul, condamne la version anglaise elle-même à ne jamais figurer sur l’étal du moindre libraire parisien. Je le traduis : Pourquoi j’ai renoncé au djihad pour me tourner vers l’Amérique, Israël et la guerre contre la terreur. L’auteur est une femme, qui a passé sa première enfance à Gaza : Nonie Darwish. Elle est fille de shahid, ce qu’on pourrait traduire sans extrapoler profusément : fille d’antisémite praticien de la violence terroriste. Elle retrace, en un peu plus de deux cent cinquante pages, ce que fut son parcours et ce qui a fait d’elle la femme qu’elle est aujourd’hui. Ce parcours est exemplaire par ce qu’il montre de courage. Il est exemplaire, aussi, en ce qu’il dit ce que nul n’ose dire concernant les pathologies mentales qui courent dans le monde arabe et pénètrent aujourd’hui l’Europe et l’Amérique.

Le livre parle de l’éducation des enfants à Gaza, mais aussi en Egypte, dans les années cinquante du vingtième siècle : « Dans mon enfance, je ne savais pas exactement ce qu’était un juif. Je n’en avais jamais rencontré. Tout ce que je savais, c’était que les juifs étaient des monstres qui voulaient tuer les enfants arabes pour boire leur sang ». L’ouvrage parle de la fabrication du peuple palestinien au temps de Nasser : « Le monde arabe voulait voir ces gens vivre dans des conditions intolérables, condamnés à combattre Israël en n’ayant nulle part ou aller, et même pas la possibilité de se rendre dans les pays arabes sans visa ».

Il est question, dans le récit de Nonie Darwish, de la peur omniprésente de la violence et de la crainte d’être haïe, « j’ai très vite appris à mentir, craignant que la haine envers les juifs puisse se transformer en haine à mon égard, si je ne disais pas ce qu’on me demandait de dire » ; d’une prise de conscience aussi : « On nous disait que les juifs avaient créé la pauvreté à Gaza. Mais nul ne m’a jamais expliqué les causes de la pauvreté en Egypte. Or la pauvreté que je voyais en Egypte était pire encore que celle que je voyais à Gaza ».

Nonie Darwish explique comment le caractère profondément malsain, inégalitaire, envieux, ressentimental, des relations entre les hommes et les femmes dans le monde arabe détruit toute possibilité de relation de confiance. Comment ces déséquilibres imprègnent les sociétés d’envie, de dissimulation, du risque omniprésent de la honte, de l’humiliation et de la nécessité compulsive de la vengeance. L’auteur expose le fatalisme et l’absence totale de sens des responsabilités qui en découlent. « Dans notre culture, ceux qui admettent une faute, même non intentionnelle, sont considérés comme naïfs ou stupides ». Elle expose la façon dont, dès son plus jeune âge, on lui a enseigné le djihad : « Dans le monde arabe, la signification du mot djihad est très claire : c’est une guerre sainte contre les infidèles, une lutte armée contre quiconque n’est pas musulman. C’est un combat au nom d’Allah, destiné à promouvoir la domination planétaire de l’islam ». Et Darwish souligne que l’appel au djihad n’était pas séparé de la pratique religieuse : « Les appels à la prière étaient presque toujours suivis d’appels à détruire les juifs et les infidèles ».

“Maintenant, ils m’appellent infidèle”

Nonie Darwish fait ses études à l’Université américaine du Caire et s’y ouvre ainsi peu à peu à la civilisation occidentale. Elle vit de plus en plus mal sa condition de femme dans un pays arabe et décrit comment la nécessité de mentir lui pèse, tout comme la nécessité d’être emprisonnée à l’intérieur de sa féminité : « Si j’avais décidé de m’habiller à l’occidentale, on aurait dit que j’étais provocante et que j’appelais au viol. Pour cette raison, de nombreuses femmes autour de moi portaient le voile, simplement pour n’être ni insultées ni violées ». Nonie refuse l’alternative que choisissent ses amies : « porter le voile comme un symbole d’honneur, de pouvoir et de respect, la forme féminine du djihad ». Elle discerne, au contraire, que la situation est grave et difficilement remédiable : « Le changement semble ne pouvoir survenir qu’au détriment de l’honneur des hommes et de la chasteté des femmes. La résistance au changement a pour résultat la stagnation et tout un ensemble de dysfonctionnements, politiques, économiques, sociaux et culturels ». En 1978, bravant les difficultés et les obstacles, la jeune femme décide de partir, et elle s’installe à Los Angeles. Le portrait qu’elle trace de la société américaine en laquelle elle vient se fondre suffirait à faire censurer le livre de ce côté ci de l’Atlantique : chaleur humaine, courtoisie, respect de l’autre. Elle note, très justement, ceci : « Aux yeux des musulmans du Proche-Orient, les Américains semblent naïfs en raison de leur honnêteté et de leur franchise ».

Dans les mosquées américaines, Nonie Darwish découvre non pas les tenants d’un islam modéré, mais des gens tenant un discours djihadiste ; « un antiaméricanisme féroce se dissémine dans la plupart des mosquées d’Amérique, et les fidèles y sont incités à devenir des combattants de l’islam contre l’Amérique ». Et elle met en garde : « dans le cadre du système judiciaire américain, les radicaux, s’ils sont prudents, peuvent pratiquement tout faire, même prôner le terrorisme, et être déclarés innocents par les tribunaux ». Puis : « certains spécialistes de l’islam remettent en cause l’idée que le djihad implique la violence. Plutôt que faire de la sémantique en Occident, ils devraient commencer par rectifier l’éducation de millions de gens dans le monde musulman, car des innocents sont assassinés chaque jour au nom du djihad ».

Revenant au Proche-Orient, deux décennies après en être partie, Nonie Darwish découvre avec effroi et tristesse que rien n’a changé. Les haines sont plus exacerbées encore, l’antisémitisme, l’obscurantisme et l’esprit de djihad sont omniprésents. Elle croise des journalistes occidentaux qui pratiquent la cécité volontaire et affirme sa colère : « Ils ont des bureaux partout dans la région et ne peuvent faire autrement que voir ce que je vois. N’est-ce pas leur devoir d’informer le public occidental ? ».

Après le onze septembre, les réactions des musulmans du monde l’indignent : « nombre d’entre nous n’osent s’avouer que la culture musulmane a engendré des monstres et des systèmes qui ont fait faillite… Plutôt que d’œuvrer à réformer l’islam, certains musulmans travaillent à disséminer le désordre et la violence dans le reste du monde ». Ce qui l’indigne plus encore est le double discours de musulmans qui, en Amérique et en Europe, propagent le discours selon lequel l’islam est une religion de paix, tout en trouvant des excuses aux terroristes ou en prétendant que ce ne sont pas des musulmans. « J’ai réalisé », écrit Darwish, « à quel point l’Occident est mal informé… Je ne veux pas voir la propagande, la désinformation, la haine, l’antisémitisme que j’ai connu au Proche-Orient se disséminer en Occident… Le terrorisme n’est pas un accident, il fait partie intégrante de la religion et de la culture du djihad, de la marche pour la domination mondiale qui s’est enclenchée voici des décennies dans le monde musulman… Ils maîtrisent à la perfection l’art de jouer avec les faiblesses et les tabous de l’Occident et utilisent à cette fin des mots tels qu’islamophobie ».

Le livre se termine par des mots qui concernent l’Etat d’Israël : « La façon dont les juifs ont été traités au Proche-Orient est une disgrâce. Et le monde, à l’exception des Etats-Unis, a abandonné Israël de façon à se concilier des pays musulmans producteurs de pétrole ». Elle poursuit : « les Arabes palestiniens ont été sacrifiés et maintenus en position d’otages pour constituer la ligne de front du djihad arabe… Pourquoi le reste du monde reste-t-il passif et ne fait-il rien pour arrêter le terrorisme contre Israël ?… Je crois que le monde musulman a perdu son équilibre moral et devrait prendre d’urgence la voie de la réforme. L’obsession paranoïde envers Israël qui l’imprègne est de plus en plus intolérable, et l’Occident ne devrait pas l’excuser… Nous sommes dans une guerre sans précédents. Pire que le nazisme et le communisme, le djihad global est porté par des fanatiques qui croient qu’ils doivent conquérir le monde sur l’ordre de Dieu. Nous devons mener cette guerre et, en même temps, œuvrer pour la réforme de l’islam ». Je crois qu’il n’y a rien à ajouter.

Guy Millière

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